Petites entreprises, indépendants et travail

104 chiffres sur les interruptions et la concentration au travail, en France et à l'étranger (octobre 2026)

· Par l’équipe éditoriale de Rappli · 39 min de lecture

Les chiffres sur les interruptions au travail se lisent avec une autre mesure des enquêtes sur les conditions de travail : la part des personnes dont le rythme dépend des demandes d'autrui, majoritaire parmi les salariés en France comme parmi les travailleurs de l'Union européenne. En France métropolitaine, 69 % des salariés déclarent en 2019 que leur rythme de travail est imposé par une demande extérieure (clients, patients, public), contre 34 % en 1978 (Dares, août 2021). Dans l'Union européenne, 62 % des travailleurs déclarent en 2024 que leur rythme de travail dépend des demandes directes de personnes comme les clients, les passagers, les élèves ou les patients (Eurofound, avril 2026).

Cette page réunit 104 chiffres publiés entre 1995 et 2026 : la fréquence des interruptions selon le statut, le secteur et la profession ; le temps passé sur une tâche et le délai avant d'y revenir ; les effets mesurés sur les erreurs, la durée des tâches et le stress ; les sollicitations numériques ; le temps de concentration et les réunions. Les données françaises et européennes ouvrent la page ; les observations de terrain et les expériences viennent des États-Unis, d'Australie, du Royaume-Uni, d'Allemagne et du Canada.

Chaque chiffre est donné avec sa source d'origine, sa date et la population qu'il décrit. Ces précisions fixent sa portée : les grandes enquêtes recueillent des déclarations ; plusieurs autres résultats viennent de quelques dizaines de personnes observées dans une seule entreprise, d'expériences de laboratoire ou des utilisateurs d'un logiciel.

Chiffres clés

  • En France métropolitaine, 65 % des salariés déclarent en 2019 devoir souvent s'interrompre pour effectuer une tâche non prévue : c'est par cette question que l'enquête Conditions de travail mesure les interruptions au travail (Dares, mars 2023).
  • En France, 77 % des agents de la fonction publique hospitalière déclarent en 2019 devoir fréquemment interrompre une tâche pour en effectuer une autre non prévue, la part la plus élevée des trois versants de la fonction publique (DGAFP, janvier 2023).
  • Dans l'Union européenne, 19 % des travailleurs déclarent en 2024 des interruptions à la fois fréquentes (très souvent ou assez souvent) et gênantes dans leur travail (Eurofound, avril 2026).
  • En Australie, dans une étude publiée en 2010, 40 médecins du service des urgences d'un hôpital universitaire, observés pendant 210,45 heures, ont été interrompus en moyenne 6,6 fois par heure (Westbrook et coauteurs, mai 2010).
  • Aux États-Unis, dans une étude publiée en 2005, 24 employés de bureau d'une même entreprise, chronométrés pendant trois jours, passent en moyenne 11 minutes et 4 secondes sur une même « sphère de travail » (un projet ou un dossier, par exemple) avant d'en changer ou d'être interrompus (Mark et coauteurs, avril 2005).
  • Aux États-Unis, dans une étude publiée en 2005 sur 24 employés de bureau, quand un travail interrompu est repris le jour même, il l'est en moyenne au bout de 25 minutes et 26 secondes, délai pendant lequel la personne travaille sur autre chose (Mark et coauteurs, avril 2005).
  • Aux États-Unis, la durée de « 23 minutes et 15 secondes » avant la reprise d'un travail interrompu vient d'un entretien publié par le Gallup Business Journal le 8 juin 2006 : Gloria Mark (université de Californie à Irvine) y donne cette moyenne ; ce nombre ne figure pas dans l'article scientifique qu'elle a cosigné en 2005 (Gallup, juin 2006).
  • À Sydney (Australie), dans deux hôpitaux universitaires observés de septembre 2006 à mars 2008, chaque interruption subie par une infirmière qui prépare ou administre un médicament est associée à une hausse de 12,7 % des erreurs cliniques, par exemple une erreur de dose (Westbrook et coauteurs, avril 2010).
  • Aux États-Unis, dans une expérience de laboratoire menée auprès de 100 étudiants et publiée en 2013, des interruptions de 2,8 secondes en moyenne ont doublé le taux d'erreurs de séquence (se tromper d'étape) à la reprise de la tâche (Altmann et coauteurs, janvier 2013).
  • En Allemagne, dans une expérience menée auprès de 48 personnes et publiée en 2008, répondre à une série d'e-mails a pris en moyenne 22,77 minutes sans interruption, contre 20,31 et 20,60 minutes avec interruptions, selon leur type ; ces durées ne comptent pas le temps passé à répondre aux interruptions, et c'est sur la tâche elle-même que les participants interrompus ont été plus rapides (Mark et coauteurs, avril 2008).
  • Hors Union européenne et hors secteur de l'éducation, Microsoft compte 275 sollicitations par jour de travail chez les 20 % d'utilisateurs de Microsoft 365 qui en reçoivent le plus : invitations à des réunions, e-mails et messages instantanés reçus sur 24 heures, d'après des traces d'usage arrêtées au 15 février 2025 (Microsoft, juin 2025).
  • Au Royaume-Uni, dans une étude publiée en 2003 sur 15 salariés d'une même entreprise, dont les écrans ont été enregistrés pendant 28 jours ouvrés, 70 % des e-mails ont provoqué une réaction dans les 6 secondes suivant leur arrivée et 85 % dans les 2 minutes ; réagir veut dire ici ouvrir la messagerie, pas répondre (Jackson et coauteurs, février 2003).
  • La part du temps de travail hebdomadaire sans interruption est de 11 % pour les dirigeants, d'après les traces d'usage du référentiel 2023 de l'OICN, un observatoire français (près de 9 000 personnes) ; l'indicateur compte les créneaux d'une heure sans envoi d'e-mail, entre 9 h et 18 h, les semaines ouvrées (OICN, mai 2023).
  • Dans 31 pays, dont la France, 68 % des 31 000 personnes interrogées pour Microsoft du 1er février au 14 mars 2023 disent ne pas avoir assez de temps de concentration sans interruption pendant leur journée de travail (Microsoft, mai 2023).

Les interruptions au travail en France : fréquence et évolution

En France, devoir interrompre une tâche pour une autre fait partie du travail ordinaire. En 2019, les demandes extérieures auxquelles il faut répondre aussitôt dictent le rythme d'une part bien plus grande des salariés que dans les années 1980.

En 2019, 64 % des agents de la fonction publique de l'État, 67 % des agents territoriaux et 77 % des agents hospitaliers déclarent devoir fréquemment interrompre une tâche pour en effectuer une autre non prévue, soit 68 % pour l'ensemble de la fonction publique ; les quatre autres indicateurs de rythme et d'intensité comparés vont de 21 % à 63 % selon le versant.
Figure 1 : des cinq indicateurs de rythme et d'intensité du travail comparés par la DGAFP, devoir fréquemment interrompre une tâche pour une autre non prévue est le plus répandu dans chacun des trois versants de la fonction publique, celui de l'État (FPE), le territorial (FPT) et l'hospitalier (FPH). Les réponses viennent de l'enquête Conditions de travail 2019. Le losange orange situe le secteur privé, sans valeur chiffrée. Source : DGAFP, Les conditions de travail dans la fonction publique avant la crise sanitaire (Point Stat n° 39), 2019. Capture d'une page du document de la source, capturée le 5 octobre 2026.

En France, quelle part des salariés déclare des interruptions de tâches fréquentes ?

En France, une majorité de salariés déclare devoir souvent interrompre une tâche pour une autre non prévue, dans une proportion stable de 2013 à 2019. Cette part, tirée de l'enquête Conditions de travail, varie selon la catégorie professionnelle et, dans la fonction publique, selon le versant.

  • En France métropolitaine, 65 % des salariés déclaraient déjà, en 2013 comme en 2016, devoir souvent s'interrompre pour effectuer une tâche non prévue (Dares, août 2021).
  • Parmi les cadres salariés de France métropolitaine, public et privé confondus, 72 % déclarent en 2019 devoir souvent s'interrompre pour effectuer une tâche non prévue (Dares, mars 2023).
  • En France, en 2019, 64 % des agents de la fonction publique de l'État, 67 % des agents territoriaux et 68 % de l'ensemble des agents publics déclarent devoir fréquemment interrompre une tâche pour en effectuer une autre non prévue (DGAFP, janvier 2023).
  • Dans la fonction publique française, 73 % des agents des professions intermédiaires déclarent en 2019 devoir fréquemment interrompre une tâche pour une autre non prévue (DGAFP, janvier 2023). La part est de 51 % chez les ouvriers de la fonction publique (DGAFP, janvier 2023).

Quelles contraintes de rythme et d'intensité pèsent sur le travail des salariés en France ?

En France, plus de la moitié des salariés ont un rythme de travail imposé par une demande extérieure à satisfaire immédiatement, près de deux fois plus qu'en 1984. Le cumul de plusieurs contraintes de rythme a progressé sur la même période.

  • En 2019, 55 % des salariés de France métropolitaine ont un rythme de travail imposé par une demande extérieure qui oblige à une réponse immédiate ; ils étaient 28 % en 1984 (Dares, août 2021).
  • Le cumul d'au moins trois contraintes de rythme parmi sept concerne 34 % des salariés de France métropolitaine en 2019, contre 6 % en 1984 (Dares, août 2021).
  • En France métropolitaine, 45 % des salariés déclarent en 2019 devoir toujours ou souvent se dépêcher dans leur travail (Dares, août 2021).
  • En 2019, 41 % des salariés de France métropolitaine déclarent recevoir des ordres contradictoires (Dares, août 2021).
  • Dans la fonction publique française, 40 % des agents déclarent en 2019 ne pas pouvoir interrompre momentanément leur travail quand ils le souhaitent (DGAFP, janvier 2023). Ils sont 36 % à déclarer travailler toujours ou souvent sous pression (DGAFP, janvier 2023).

Les indépendants subissent-ils autant de contraintes de rythme de travail que les salariés ?

En France, les indépendants cumulent moins souvent les contraintes de rythme que les salariés, avec un net écart entre artisans et commerçants. L'Insee mesure le rythme de travail des indépendants, non leurs interruptions de tâches.

  • En France métropolitaine, en 2016, 23 % des indépendants subissent un cumul de contraintes de rythme, c'est-à-dire au moins trois critères sur neuf, contre 41 % des salariés (Insee, avril 2020).
  • En 2016, le cumul de contraintes de rythme (au moins trois critères sur neuf) concerne 29,6 % des artisans et 13,1 % des commerçants de France métropolitaine (Insee, avril 2020).
  • En France métropolitaine, 21,6 % des indépendants déclarent en 2016 faire trop vite une opération qui demanderait davantage de soin, contre 26,2 % des salariés (Insee, avril 2020).

Le guide Artisan sur le terrain : rester joignable sans décrocher traite le cas de l'artisan qui ne peut pas répondre au téléphone pendant un chantier.

En Europe et selon les métiers : qui est le plus interrompu ?

Dans l'Union européenne, être interrompu ne veut pas dire être gêné, et la part des travailleurs qui déclarent des interruptions à la fois fréquentes et gênantes varie du simple au triple selon le secteur ou la profession. Dans des hôpitaux d'Australie et des États-Unis, des chercheurs ont compté les interruptions une à une, montre en main.

Dans l'Union européenne en 2024, la part des travailleurs qui déclarent des interruptions fréquentes et gênantes est de 29 % dans la santé, 25 % dans les services financiers, 22 % dans l'éducation, 20 % dans l'administration publique, 19 % dans les autres services, 17 % dans le commerce et l'hôtellerie-restauration, 17 % dans l'industrie, 15 % dans la construction, 13 % dans les transports et 9 % dans l'agriculture ; la moyenne de l'Union est de 19 %.
Figure 2 : dans l'Union européenne, en 2024, la santé est le secteur où la part des travailleurs qui déclarent des interruptions à la fois fréquentes et gênantes est la plus élevée, devant les services financiers (25 %) et l'éducation (22 %) ; l'agriculture est celui où elle est la plus faible. Ces parts se lisent dans l'avant-dernière colonne du tableau, « Frequent (very or fairly often) and disruptive interruptions », publié en anglais. Source : Eurofound, European Working Conditions Survey 2024: Overview report, 2024. Capture d'une page du document de la source, capturée le 5 octobre 2026.

Combien de travailleurs européens subissent des interruptions fréquentes et gênantes ?

Dans l'Union européenne, les interruptions à la fois fréquentes et gênantes concernent en 2024 une minorité de travailleurs, mais cette part augmente depuis 2010. L'enquête européenne sur les conditions de travail (EWCS) sépare la fréquence des interruptions du jugement porté sur elles.

  • Dans l'Union européenne, la part des travailleurs qui déclarent des interruptions fréquentes et gênantes était de 13 % en 2010 et de 15 % en 2015 (Eurofound, avril 2026).
  • En 2024, 33 % des travailleurs de l'Union européenne déclarent être interrompus fréquemment dans leur travail, c'est-à-dire très souvent ou assez souvent (Eurofound, avril 2026).
  • Dans l'Union européenne, 19 % des travailleurs déclarent en 2024 ne jamais être interrompus dans leur travail (Eurofound, avril 2026).
  • Parmi les travailleurs de l'Union européenne qui déclarent des interruptions, 40 % les jugent gênantes en 2024 (Eurofound, avril 2026). Dans ce groupe, 50 % estiment qu'elles n'ont pas de conséquence notable et 10 % les jugent bénéfiques (Eurofound, avril 2026).
  • Dans l'Union européenne, parmi les travailleurs qui déclarent des interruptions en 2024, 43 % des femmes les jugent gênantes, contre 37 % des hommes (Eurofound, avril 2026).

Quels secteurs et quelles professions sont les plus exposés aux interruptions ?

Dans l'Union européenne, en 2024, la santé et les fonctions de direction sont les plus exposées aux interruptions fréquentes et gênantes ; le commerce et la vente se situent juste sous la moyenne.

  • Dans l'Union européenne, 29 % des travailleurs de la santé déclarent en 2024 des interruptions fréquentes et gênantes, la part la plus élevée des secteurs distingués par Eurofound (Eurofound, avril 2026).
  • L'agriculture est le secteur le moins exposé : 9 % de ses travailleurs déclarent en 2024, dans l'Union européenne, des interruptions fréquentes et gênantes (Eurofound, avril 2026).
  • Dans le commerce et l'hôtellerie-restauration, 17 % des travailleurs de l'Union européenne déclarent en 2024 des interruptions fréquentes et gênantes (Eurofound, avril 2026).
  • Parmi les groupes de professions de l'Union européenne, les dirigeants et cadres de direction (groupe « Managers ») arrivent en tête : 27 % déclarent en 2024 des interruptions fréquentes et gênantes (Eurofound, avril 2026).
  • Dans l'Union européenne, 8 % des conducteurs d'installations et de machines déclarent en 2024 des interruptions fréquentes et gênantes, la part la plus faible des groupes de professions (Eurofound, avril 2026).
  • Les personnels des services et de la vente sont 18 % à déclarer en 2024, dans l'Union européenne, des interruptions fréquentes et gênantes (Eurofound, avril 2026).

Combien d'interruptions par heure a-t-on comptées à l'hôpital ?

Dans les services d'urgences observés en Australie et aux États-Unis, les médecins sont interrompus plusieurs fois par heure ; dans l'étude australienne de 2010, ils ne reviennent pas à une partie des tâches interrompues. Chaque étude porte sur un hôpital ou sur quelques services.

  • En Australie, 11 % des tâches de 40 médecins urgentistes d'un hôpital universitaire, observés pour une étude de 2010, ont été interrompues (Westbrook et coauteurs, mai 2010). Ces médecins ne sont pas revenus à 18,5 % des tâches interrompues (Westbrook et coauteurs, mai 2010). Ils ont mené plusieurs tâches à la fois (multitâche) pendant 12,8 % de leur temps (Westbrook et coauteurs, mai 2010).
  • À Sydney (Australie), 36 médecins urgentistes d'un hôpital universitaire, suivis pendant 120 heures entre juillet et octobre 2014, ont subi en moyenne 7,9 interruptions par heure (Westbrook et coauteurs, janvier 2018). Pendant qu'ils rédigeaient des prescriptions, ces médecins ont été interrompus 9,4 fois par heure (Westbrook et coauteurs, janvier 2018).
  • Aux États-Unis, dans une étude de 2000, des médecins urgentistes suivis par périodes de 180 minutes dans trois services d'urgences ont subi en moyenne 30,9 interruptions par période (Chisholm et coauteurs, novembre 2000). Ces médecins ont connu en moyenne 20,7 ruptures de tâche par période de 180 minutes, comptées à part des interruptions (Chisholm et coauteurs, novembre 2000).

Ce que montrent les observations de terrain : travail fragmenté et temps de reprise

Aux États-Unis, dans l'étude de 2005 qui a suivi 24 employés de bureau, un travail interrompu n'est le plus souvent pas abandonné : il est repris dans la journée, après un détour par d'autres travaux. Ces mesures, comme celles faites au Royaume-Uni, viennent de très petits groupes : elles décrivent ces groupes, pas l'ensemble des actifs.

Probabilité cumulée de reprendre le travail dans une fenêtre laissée en suspens après une alerte, selon les minutes écoulées dans la phase de reprise : les fenêtres utilisées depuis 5 à 30 minutes avant l'alerte sont toutes reprises en 15 minutes au plus, tandis que la probabilité plafonne vers 0,9 au bout de deux heures pour celles utilisées depuis moins de 5 minutes.
Figure 3 : les fenêtres où l'on travaillait depuis au moins 5 minutes au moment de l'alerte sont reprises plus vite que celles où l'on venait d'arriver. Les premières (5 à 30 minutes d'utilisation avant l'alerte) sont toutes reprises dans les 15 premières minutes de la phase de reprise, celle qui suit le traitement de l'alerte ; pour les secondes (moins de 5 minutes), il reste une probabilité d'environ 10 % de ne pas les avoir reprises au bout de deux heures. Mesure faite par un logiciel sur les ordinateurs de 27 salariés, aux États-Unis, pendant deux semaines. Source : Iqbal (université de l'Illinois) et Horvitz (Microsoft Research), Disruption and Recovery of Computing Tasks: Field Study, Analysis, and Directions (actes de la conférence CHI 2007), avril 2007. Capture d'une page du document de la source, capturée le 5 octobre 2026.

Combien de temps travaille-t-on sur une tâche avant d'en changer ou d'être interrompu ?

Aux États-Unis, les employés de bureau suivis minute par minute changent d'activité au bout de quelques minutes, et plus de la moitié de leurs séquences de travail sur un même dossier sont interrompues dans l'étude de 2005. Au Royaume-Uni, deux personnes filmées pour une étude de 1995 ont été interrompues plusieurs fois par heure.

  • Aux États-Unis, dans une étude de 2005 sur 24 employés de bureau d'une même entreprise, 57,1 % des séquences de travail, en moyenne, sont interrompues avant leur terme (Mark et coauteurs, avril 2005).
  • Aux États-Unis, dans un article de 2004 sur 14 des 24 employés de bureau de l'étude de 2005, une même activité (un appel, un e-mail, un document) dure un peu plus de 3 minutes en moyenne avant que la personne en commence une autre, hors réunions formelles et activités personnelles (Mark et coauteurs, avril 2004). Ces 14 employés travaillent en moyenne sur 10 sphères de travail par jour (Mark et coauteurs, avril 2004).
  • Au Royaume-Uni, dans une étude de 1995, deux personnes filmées pendant une semaine de travail ont subi un peu plus de 4 interruptions par heure (O'Conaill et Frohlich, mai 1995). Chez ces deux personnes, une interruption a duré en moyenne 2 minutes et 11 secondes (O'Conaill et Frohlich, mai 1995). Après un peu plus de 55 % des 125 interruptions observées, la personne est revenue aussitôt à l'activité qu'elle avait quittée (O'Conaill et Frohlich, mai 1995).

Combien de temps faut-il pour se reconcentrer après une interruption de travail ?

Aux États-Unis, dans deux études de 2005 et de 2007 sur des employés de bureau, le retour à une tâche interrompue passe par d'autres travaux. Selon ce qui est chronométré, les durées moyennes vont de huit à vingt-cinq minutes, et il faut parfois plus de deux heures ; ces études mesurent un délai de reprise, non un temps pour se reconcentrer.

  • Aux États-Unis, dans une étude de 2005 sur 24 employés de bureau, 77,2 % des travaux interrompus sont repris le jour même (Mark et coauteurs, avril 2005). Avant d'y revenir, ces employés ont travaillé en moyenne sur 2,26 autres sphères de travail (Mark et coauteurs, avril 2005).
  • Aux États-Unis, chez 27 salariés suivis par un logiciel (Iqbal et Horvitz, 2007), le détour qui suit une alerte dure en moyenne 9 minutes et 33 secondes pour un e-mail et 8 minutes pour un message instantané, avant le retour à l'une des applications laissées en suspens (Microsoft, avril 2007). En moyenne, 27 % des alertes éloignent l'utilisateur plus de deux heures des fenêtres où il travaillait juste avant (Microsoft, avril 2007).
  • Dans la même étude américaine de 2007, après une réaction immédiate à une alerte d'e-mail, la personne met encore 16 minutes et 33 secondes en moyenne à retrouver l'application dans l'état où elle l'avait laissée (Microsoft, avril 2007). Après une réaction immédiate à une alerte de messagerie instantanée, cette phase de reprise dure en moyenne 10 minutes et 58 secondes (Microsoft, avril 2007).

Les interruptions au travail viennent-elles des autres ou de soi-même ?

Aux États-Unis, dans les deux études qui font la distinction, la personne est elle-même à l'origine d'au moins quatre changements de tâche ou interruptions sur dix. Au Royaume-Uni, dans une étude de 1995, la majorité des interruptions filmées profitent à la personne interrompue.

  • Aux États-Unis, dans les journaux de bord tenus une semaine par 10 utilisateurs d'ordinateur (Czerwinski, Horvitz et Wilhite, 2004), 40 % des changements de tâche sont décidés par la personne elle-même : c'est la première cause relevée (Microsoft, avril 2004). Un appel téléphonique y provoque 14 % des changements de tâche (Microsoft, avril 2004).
  • Aux États-Unis, chez les managers suivis pour une étude de 2005, 59,2 % des interruptions viennent de l'extérieur et 40,8 % de la personne elle-même ; analystes et développeurs s'interrompent à peu près autant qu'ils sont interrompus (Mark et coauteurs, avril 2005).
  • Dans la même étude américaine de 2005, les employés installés en espace ouvert à côté d'un coéquipier voient 62,9 % de leurs séquences de travail interrompues, contre 49,3 % pour ceux qui sont séparés de leur équipe (Mark et coauteurs, avril 2005).
  • Au Royaume-Uni, dans 64 % des interruptions filmées chez deux personnes pour une étude de 1995, la personne interrompue tire elle-même un bénéfice de l'échange, selon l'analyse des chercheurs (O'Conaill et Frohlich, mai 1995).

Effets mesurés : erreurs, durée des tâches, stress

En Australie, aux États-Unis, en Allemagne et au Canada, où ces effets ont été mesurés, les interruptions sont le plus souvent associées à davantage d'erreurs et à un stress plus élevé. L'allongement de la tâche n'est pas systématique : dans une expérience allemande de 2008, une fois déduit le temps des interruptions, des participants interrompus ont mis moins de temps à faire leur travail.

Notes moyennes sur une échelle de 1 à 20 dans trois situations de travail (sans interruption, interruptions de même contexte, interruptions d'un autre contexte) : charge mentale 10,02, 10,83 et 11,50 ; stress 6,92, 9,46 et 9,13 ; frustration 4,73, 6,63 et 6,48 ; pression du temps 11,02, 12,69 et 12,17 ; effort 9,50, 11,04 et 11,52.
Figure 4 : après le travail interrompu (deuxième et troisième lignes), les 48 participants se disent plus stressés, plus frustrés et plus pressés par le temps qu'après le travail mené d'une traite (première ligne). Les notes sont données sur une échelle de 1 à 20 ; les écarts-types figurent entre parenthèses et les astérisques signalent les écarts statistiquement significatifs. Source : Mark, Gudith et Klocke, The Cost of Interrupted Work: More Speed and Stress (actes de la conférence CHI 2008), avril 2008. Capture d'une page du document de la source, capturée le 5 octobre 2026.

Les interruptions font-elles commettre plus d'erreurs à l'hôpital ?

À Sydney, en Australie, seul terrain hospitalier de cette page où les erreurs ont été comptées, les soignants interrompus en commettent davantage, qu'ils administrent un médicament ou qu'ils rédigent une prescription. Les deux études établissent une association statistique, l'une dans deux hôpitaux, l'autre dans un service d'urgences.

  • À Sydney (Australie), 53,1 % des administrations de médicaments observées dans deux hôpitaux universitaires entre septembre 2006 et mars 2008 ont été interrompues ; 98 infirmières étaient suivies (Westbrook et coauteurs, avril 2010). Dans ces deux hôpitaux, chaque interruption subie par une infirmière qui prépare ou administre un médicament est associée à une hausse de 12,1 % des écarts de procédure, par exemple un manquement à l'asepsie (Westbrook et coauteurs, avril 2010).
  • Aux urgences d'un hôpital universitaire de Sydney (Australie), de juillet à octobre 2014, le taux d'erreurs cliniques de prescription a été 2,82 fois plus élevé (rapport de taux) quand le médecin était interrompu pendant qu'il prescrivait (Westbrook et coauteurs, janvier 2018). Dans ce service, le taux d'erreurs de forme, comme une abréviation non autorisée ou une unité manquante, a été 1,86 fois plus élevé quand le médecin menait deux tâches à la fois (Westbrook et coauteurs, janvier 2018).

Dans les expériences de laboratoire, les interruptions allongent-elles les tâches et augmentent-elles les erreurs ?

Aux États-Unis, deux expériences de laboratoire relèvent davantage d'erreurs : l'une après une interruption de quelques secondes, l'autre quand la sollicitation tombe au milieu d'une tâche, dont elle allonge aussi la durée. Une expérience allemande de 2008 ne trouve pas d'écart sur les erreurs.

  • Aux États-Unis, dans une expérience menée auprès de 200 étudiants et publiée en 2013, des interruptions de 4,4 secondes en moyenne ont triplé le taux d'erreurs de séquence à la reprise de la tâche (Altmann et coauteurs, janvier 2013).
  • Aux États-Unis, dans une expérience de 2006 menée auprès de 50 personnes, celles qui étaient sollicitées au milieu de leurs tâches ont commis 0,22 erreur par tâche en moyenne, contre 0,11 pour celles qui l'étaient entre deux tâches (Bailey et Konstan, février 2006). Une tâche interrompue en cours de route y a demandé de 3 % à 27 % de temps en plus, selon sa nature, qu'une tâche menée d'une traite, temps de l'interruption non compris (Bailey et Konstan, février 2006).
  • En Allemagne, dans une expérience de 2008 menée auprès de 48 personnes chargées de répondre à des e-mails, les messages ne comptaient pas plus d'erreurs avec interruptions que sans : 1,94 erreur en moyenne sans interruption, 1,93 et 1,84 selon le type d'interruption (Mark et coauteurs, avril 2008).

Les interruptions augmentent-elles le stress ?

En Allemagne, dans une expérience de 2008, les personnes interrompues se disent plus stressées. Hors laboratoire, une enquête américaine associe la fréquence des interruptions à l'épuisement émotionnel, et une étude canadienne relève un stress un peu plus faible la semaine où les participants consultent moins souvent leurs e-mails.

  • En Allemagne, dans une expérience de 2008 menée auprès de 48 personnes, le stress ressenti a été noté 6,92 en moyenne sur une échelle de 1 à 20 après le travail sans interruption, contre 9,46 et 9,13 après le travail interrompu, selon le type d'interruption (Mark et coauteurs, avril 2008).
  • Aux États-Unis, dans une enquête menée auprès de 252 salariés et publiée en 2013, la fréquence des interruptions par autrui explique 9 % des écarts d'épuisement émotionnel entre salariés (part de variance expliquée), en plus des 12 % expliqués par la charge de travail (Lin et coauteurs, janvier 2013).
  • Au Canada, dans une étude mise en ligne en 2014, 124 adultes ont déclaré avoir consulté leurs e-mails 4,70 fois par jour en moyenne la semaine où ils devaient s'en tenir à trois consultations, contre 12,54 fois la semaine sans limite (Kushlev et Dunn, novembre 2014). Leur stress quotidien déclaré a été un peu plus faible la semaine où les consultations étaient limitées : 1,46 en moyenne sur une échelle de 0 à 4, contre 1,55 (Kushlev et Dunn, novembre 2014).

E-mails, messageries, notifications : les sollicitations numériques et la vitesse de réaction

Sur les sollicitations numériques, les comptages récents ne viennent pas de la statistique publique mais d'éditeurs de logiciels, qui mesurent leurs propres utilisateurs. Les deux études qui ont chronométré la réaction à une alerte, au Royaume-Uni et aux États-Unis, datent de 2003 et de 2007.

Quatre chiffres tirés des traces d'usage de Microsoft 365 arrêtées en février 2025 : 117 e-mails reçus en moyenne par employé chaque jour de travail, 153 messages Teams reçus en moyenne par jour de travail, 57 % de réunions improvisées, lancées sans invitation dans l'agenda, et 2 minutes en moyenne entre deux interruptions par une réunion, un e-mail ou un message pendant les heures de travail.
Figure 5 : dans les traces d'usage de Microsoft 365, Microsoft relève 153 messages Teams reçus par jour de travail, 57 % de réunions lancées sans invitation dans l'agenda et, pour les 20 % d'utilisateurs les plus sollicités, une interruption toutes les 2 minutes pendant les heures de travail. Les données s'arrêtent au 15 février 2025 et ne couvrent ni l'Union européenne ni le secteur de l'éducation. Source : Microsoft, Breaking down the infinite workday (Work Trend Index Special Report), février 2025. Capture de la page de la source, capturée le 5 octobre 2026.

Combien de messages reçoit-on et combien d'applications utilise-t-on au travail ?

Chez les utilisateurs de Microsoft 365, hors Union européenne, la messagerie instantanée apporte à elle seule plus de cent cinquante messages par jour de semaine. Dans une enquête d'Asana, les répondants déclarent utiliser en moyenne près de neuf applications ; dans une enquête menée pour Microsoft, environ la moitié disent que leur travail leur paraît chaotique et fragmenté.

  • Hors Union européenne et hors secteur de l'éducation, un utilisateur de Microsoft 365 reçoit en moyenne 153 messages Teams par jour de semaine, d'après des traces d'usage arrêtées au 15 février 2025 (Microsoft, juin 2025).
  • Dans l'enquête menée pour Microsoft du 6 février au 24 mars 2025 auprès de 31 000 travailleurs du savoir de 31 pays ou territoires, dont la France, 48 % des employés et 52 % des dirigeants disent que leur travail leur paraît chaotique et fragmenté (Microsoft, juin 2025).
  • Dans six pays, dont la France, les 9 615 travailleurs du savoir interrogés pour Asana en novembre 2022 déclarent utiliser en moyenne 8,8 applications ; ceux qui occupent un poste de directeur ou un poste plus élevé déclarent en utiliser 10 (Asana, mars 2023).

Le guide Réduire les interruptions sans devenir injoignable décrit une méthode pour limiter les interruptions sans se couper de ses clients.

À quelle fréquence consulte-t-on ses e-mails et sa messagerie instantanée au travail ?

Chez les utilisateurs du logiciel de suivi du temps RescueTime, le passage par l'e-mail ou la messagerie instantanée revient à quelques minutes d'intervalle. Ces données ne valent que pour ce public, et l'éditeur ne précise ni le pays ni la période.

  • D'après les traces d'usage de plus de 50 000 utilisateurs du logiciel RescueTime, publiées en juillet 2018, un travailleur du savoir bascule vers un outil de communication (e-mail ou messagerie instantanée) toutes les 6 minutes, valeur médiane (RescueTime, juillet 2018). Dans ces données, les utilisateurs de Slack laissent passer en moyenne 5 minutes entre deux consultations de leurs outils de communication, contre 8 minutes pour ceux qui n'utilisent pas Slack (RescueTime, juillet 2018).
  • Au Royaume-Uni, dans une étude de 2003 sur 15 salariés d'une entreprise, le logiciel d'e-mail de la plupart d'entre eux relevait le courrier toutes les 5 minutes : c'était le réglage par défaut à l'installation (Jackson et coauteurs, février 2003).

À quelle vitesse réagit-on à un e-mail ou à une alerte ?

Dans deux études anciennes, l'une britannique, l'autre américaine, une grande partie des alertes entraîne une réaction en quelques secondes, mais le délai moyen se compte en minutes. Dans l'étude américaine, la réaction immédiate est plus fréquente pour la messagerie instantanée que pour l'e-mail.

  • Au Royaume-Uni, 15 salariés d'une même entreprise, dont les écrans ont été enregistrés pour une étude de 2003, ont mis en moyenne 1 minute et 44 secondes, tous e-mails confondus, à réagir à la notification d'un nouvel e-mail, c'est-à-dire à ouvrir leur messagerie (Jackson et coauteurs, février 2003). Après avoir traité un e-mail, ces salariés ont mis en moyenne 64 secondes à retrouver leur rythme de travail d'avant l'interruption (Jackson et coauteurs, février 2003).
  • Aux États-Unis, chez 27 salariés dont l'ordinateur a été suivi par un logiciel pendant deux semaines (Iqbal et Horvitz, 2007), 40,8 % des alertes d'e-mail ont été suivies d'une réaction immédiate, en moins de 15 secondes (Microsoft, avril 2007). Pour la messagerie instantanée, 71,01 % des alertes ont entraîné une réaction immédiate (Microsoft, avril 2007).
  • Dans cette étude américaine de 2007, toutes alertes d'e-mail confondues, les 27 salariés ont mis en moyenne 4 minutes et 59 secondes à quitter leur tâche pour ouvrir leur messagerie Outlook (Microsoft, avril 2007).

Temps de concentration et réunions : ce qu'il reste dans la semaine

Qu'on le compte en heures sans e-mail envoyé, en minutes sans passage par l'e-mail ou la messagerie instantanée, ou qu'on interroge les salariés, le temps de travail d'un seul tenant apparaît limité, et les réunions en prennent leur part.

Créneaux d'une heure sans envoi d'e-mail par semaine et part du temps de travail hebdomadaire sans interruption, selon le profil : 5 créneaux et 11 % pour les dirigeants, 11 créneaux et 24 % pour les managers, 19 créneaux et 42 % pour les collaborateurs.
Figure 6 : plus on monte dans la hiérarchie, moins la semaine compte de créneaux d'une heure sans envoi d'e-mail, soit 5 pour un dirigeant, 11 pour un manager et 19 pour un collaborateur. L'OICN, un observatoire français, en tire la part du temps de travail sans interruption de chaque profil. La mesure vient des traces d'e-mails de près de 9 000 personnes, entre 9 h et 18 h les semaines ouvrées. Source : OICN, Infobésité et collaboration numérique, référentiel annuel 2023, 2023. Capture d'une page du document de la source, capturée le 5 octobre 2026.

Combien de temps de concentration au travail reste-t-il dans une semaine ?

Selon les traces d'e-mails réunies par l'OICN, un observatoire français, le temps de travail sans interruption est minoritaire dans la semaine. L'indicateur ne voit que les e-mails envoyés : une heure sans envoi y compte comme une heure sans interruption.

  • La part du temps de travail hebdomadaire sans interruption est de 24 % pour les managers, d'après les traces d'usage du référentiel 2023 de l'OICN, un observatoire français, qui compte les créneaux d'une heure sans envoi d'e-mail entre 9 h et 18 h (OICN, mai 2023). Selon le même référentiel, elle est de 42 % pour les collaborateurs qui ne sont ni managers ni dirigeants (OICN, mai 2023).
  • Dans les applications de Microsoft 365, un employé passe en moyenne 57 % de son temps à communiquer (réunions, e-mails, messagerie instantanée), d'après des traces d'usage relevées sur 28 jours, jusqu'en mars 2023 (Microsoft, mai 2023).
  • Parmi plus de 50 000 utilisateurs du logiciel RescueTime, d'après des traces d'usage publiées en juillet 2018, 40 % n'ont jamais plus de 30 minutes d'affilée de travail concentré, sans passage par l'e-mail ou la messagerie instantanée, dans une journée de travail (RescueTime, juillet 2018). Dans ces données, 17 % des utilisateurs n'ont jamais 15 minutes d'affilée de travail concentré (RescueTime, juillet 2018).

Quelle place les réunions prennent-elles dans la semaine de travail ?

Chez les utilisateurs de Microsoft 365, hors Union européenne, la moitié des réunions tombent aux heures que l'éditeur présente comme un pic de productivité. Selon l'OICN, un observatoire français, une réunion sur cinq en chevauche une autre.

  • Hors Union européenne, d'après les traces d'usage de Microsoft 365 arrêtées au 15 février 2025, la moitié des réunions (50 %) se tiennent entre 9 h et 11 h ou entre 13 h et 15 h ; selon Microsoft, beaucoup de personnes connaissent sur ces plages un pic naturel de productivité (Microsoft, juin 2025). Dans ces mêmes traces d'usage, parmi les réunions planifiées, 1 sur 10 est fixée à la dernière minute (Microsoft, juin 2025).
  • Le quart des utilisateurs de Microsoft Teams qui passent le plus de temps en réunion y consacre 7,5 heures par semaine, d'après des traces d'usage relevées sur 28 jours, jusqu'en mars 2023 (Microsoft, mai 2023).
  • Selon l'OICN, un observatoire français, 21 % des réunions se chevauchent : elles sont acceptées en parallèle d'une autre, d'après les données d'agenda de près de 9 000 personnes réunies dans son référentiel 2023 (OICN, mai 2023). Dans ces mêmes données, 15 % des réunions auxquelles une personne participe laissent moins de 30 minutes de battement avec la réunion précédente (OICN, mai 2023).

Que disent les salariés de bureau de leurs réunions et de leur temps de concentration ?

Dans six pays, dont la France, plus d'un quart des salariés de bureau interrogés en 2023 par l'éditeur de logiciels Slack disent passer trop de temps en réunion ; chez les dirigeants, c'est plus de la moitié.

  • Dans six pays, dont la France, 27 % des 10 333 salariés de bureau interrogés par Slack du 24 août au 15 septembre 2023 disent passer trop de temps en réunion ; parmi les dirigeants, la part atteint 55 % (Slack, décembre 2023). Au-delà de 2 heures de réunions par jour, une majorité des salariés interrogés disent passer trop de temps en réunion, à tous les niveaux hiérarchiques (Slack, décembre 2023).
  • Dans la même enquête de Slack de 2023, les salariés de bureau situent autour de 4 heures par jour, en moyenne, le temps de concentration idéal (Slack, décembre 2023). La moitié d'entre eux (50 %) disent prendre rarement des pauses pendant leur journée de travail, ou ne jamais en prendre (Slack, décembre 2023).
  • En France, les 1 500 travailleurs du savoir interrogés par l'éditeur Asana (édition 2023 de son étude) estiment perdre 2,9 heures par semaine dans des réunions superflues (Asana, juin 2023).

Le guide Organisation d'une petite entreprise : le guide complet montre comment un dirigeant peut organiser sa semaine.

Méthodologie et sources

Les chiffres ont été choisis pour répondre à trois questions : à quelle fréquence on est interrompu, combien de temps il faut pour revenir à sa tâche, quels effets ont été mesurés. Les données françaises sont privilégiées quand elles existent.

Chaque chiffre renvoie au document qui l'a produit : statistique publique française (Dares, DGAFP, Insee), agence européenne Eurofound, articles de recherche évalués par les pairs, observatoire OICN, publications d'éditeurs de logiciels (Microsoft, Slack, Asana, RescueTime) et un entretien de presse (Gallup Business Journal), cité pour établir l'origine d'un chiffre. Aucun chiffre n'est repris d'un article de seconde main ; pour quelques articles de recherche en accès payant, les chiffres viennent du résumé publié par les auteurs.

La date entre parenthèses est celle de la publication du document, c'est-à-dire, pour un article de revue, celle de sa première parution, en ligne ou en revue ; l'année des données ou de l'étude figure dans la phrase quand la source la donne. Sous les figures, la date est celle des données quand la source la donne, sinon celle de la publication.

Les enquêtes par questionnaire recueillent des réponses déclarées ; les autres chiffres viennent d'observations directes, de journaux de bord, d'expériences ou de traces d'usage. Plusieurs études portent sur de très petits groupes ou sur les clients d'un éditeur : elles ne décrivent pas l'ensemble des actifs. Les chiffres ont été vérifiés dans leur source le 5 octobre 2026 ; la page est mise à jour chaque mois.

Glossaire

  • CHI : conférence internationale annuelle sur les interactions entre l'humain et la machine (Conference on Human Factors in Computing Systems) ; ses actes publient des articles de recherche évalués par les pairs.
  • Contraintes de rythme de travail : ce qui impose sa cadence au travail. La Dares en retient sept : le déplacement automatique d'une pièce, la cadence automatique d'une machine, d'autres contraintes techniques, la dépendance immédiate vis-à-vis du travail de collègues, des normes de production ou des délais à respecter en une heure au plus, une demande extérieure obligeant à une réponse immédiate, les contrôles ou surveillances permanents de la hiérarchie. Elle parle de cumul à partir de trois contraintes sur sept, l'Insee à partir de trois critères sur neuf : les deux mesures ne se comparent pas.
  • Dares : Direction de l'animation de la recherche, des études et des statistiques, le service statistique du ministère du Travail.
  • Délai de reprise d'une tâche : temps écoulé entre le moment où l'on quitte une tâche et celui où l'on y revient. Pendant ce délai, la personne travaille sur autre chose : ce n'est donc pas le temps pour se reconcentrer après une interruption de travail, que ces études ne mesurent pas. Iqbal et Horvitz le découpent en un détour, jusqu'au retour à une application laissée en suspens, puis une phase de reprise.
  • Demande extérieure obligeant à une réponse immédiate : dans l'enquête Conditions de travail, situation du salarié dont le rythme est imposé par les demandes de clients, de patients ou du public, auxquelles il doit répondre aussitôt.
  • DGAFP : Direction générale de l'administration et de la fonction publique.
  • Écart de procédure, erreur clinique, erreur de forme : dans l'étude de Westbrook sur l'administration des médicaments, un écart de procédure est un manquement à la méthode de préparation ou d'administration, par exemple à l'asepsie (les précautions contre la contamination par des microbes) ; une erreur clinique touche le traitement lui-même, par exemple la dose. Dans l'étude sur les prescriptions, une erreur de forme est une abréviation non autorisée ou une unité manquante.
  • Écart statistiquement significatif : écart trop grand, d'après un test statistique, pour être attribué au hasard.
  • Écart-type : mesure de la dispersion des valeurs autour de la moyenne ; plus il est grand, moins la moyenne résume les situations individuelles.
  • Enquête Conditions de travail : enquête nationale menée auprès des personnes en emploi par la Dares, avec la DGAFP, la Drees (service statistique des ministères sociaux) et l'Insee. Les réponses sont déclarées par les personnes interrogées.
  • Épuisement émotionnel : sentiment d'être vidé par son travail, mesuré par questionnaire ; c'est l'une des composantes de l'épuisement professionnel.
  • Erreur de séquence : dans une tâche dont les étapes s'enchaînent dans un ordre fixe, fait de ne pas exécuter l'étape qui suit celle que l'on vient de terminer.
  • Eurofound et EWCS : Eurofound est la Fondation européenne pour l'amélioration des conditions de vie et de travail, une agence de l'Union européenne. L'EWCS (European Working Conditions Survey) est son enquête sur les conditions de travail, menée par entretiens en face à face.
  • Insee : Institut national de la statistique et des études économiques.
  • Interruption de tâche : fait de quitter une tâche avant de l'avoir terminée. Les chercheurs distinguent celle qui vient de l'extérieur (un appel, un collègue, une alerte) de celle que la personne décide elle-même.
  • Journal de bord et observation directe : dans une étude par journal de bord, les participants notent eux-mêmes leurs tâches et ce qui les fait changer de tâche ; dans une observation directe, un chercheur suit la personne et chronomètre ce qu'elle fait.
  • Multitâche : fait de mener plusieurs tâches à la fois.
  • OICN : Observatoire de l'infobésité et de la collaboration numérique. Son référentiel annuel exploite les traces d'e-mails et d'agendas d'organisations suivies par la société Mailoop ; ces organisations ne forment pas un échantillon représentatif des salariés français.
  • Part de variance expliquée : part des écarts constatés d'une personne à l'autre qu'un facteur permet d'expliquer statistiquement ; elle indique un lien, pas une cause.
  • Rapport de taux : rapport entre deux taux (« rate ratio » en anglais), ici le nombre d'erreurs par prescription avec et sans interruption ; il indique combien de fois un événement est plus fréquent dans une situation que dans une autre.
  • Rupture de tâche : dans l'étude de Chisholm et de ses coauteurs, événement qui retient l'attention du médecin plus de dix secondes et le fait changer de tâche (« break-in-task ») ; l'interruption y désigne un événement bref, sans changement de tâche.
  • Sphère de travail : notion de González et Mark (« working sphere »), qui désigne un ensemble d'activités doté de son propre calendrier, de ses interlocuteurs et de ses outils, comme un projet ou un dossier. Une séquence de travail est un moment continu passé sur une même sphère.
  • Traces d'usage : données enregistrées automatiquement par un logiciel sur l'activité de ses utilisateurs (e-mails envoyés, réunions, fenêtres ouvertes), aussi appelées télémétrie ; elles ne sont pas déclarées par les personnes.
  • Travailleur du savoir : traduction de « knowledge worker », personne dont le travail consiste surtout à traiter de l'information.
  • Valeur médiane : valeur qui partage un groupe en deux parts égales ; la moitié des utilisateurs se situe au-dessous, l'autre au-dessus.
  • Versants de la fonction publique : la fonction publique de l'État (FPE), la fonction publique territoriale (FPT) et la fonction publique hospitalière (FPH).

Sources