Facturer un client étranger : TVA UE et hors UE
Le pays du client ne suffit pas à déterminer la TVA. Il faut savoir si vous vendez un bien ou un service, si l’acheteur agit comme assujetti ou comme particulier, où l’opération est réputée réalisée et si une règle spéciale s’applique. Une facture « sans TVA parce que le client est à l’étranger » peut donc être fausse. La méthode fiable consiste à qualifier l’opération avant le devis, vérifier le client, appliquer la bonne mention et conserver les preuves qui justifient le traitement.
1. Réunissez cinq informations avant de promettre un prix TTC
Demandez le nom légal du client, son adresse complète, son pays d’établissement, sa qualité d’entreprise ou de particulier et, dans l’Union européenne, son numéro de TVA intracommunautaire. Décrivez ensuite l’opération avec précision : conseil, formation, travaux sur un immeuble, accès numérique, vente d’un appareil, installation ou transport. Une ligne vague comme « prestation » ne permet ni de localiser correctement la TVA ni de défendre le traitement retenu.
Vérifiez le numéro de TVA européen dans le système officiel prévu à cet effet et conservez le résultat daté. L’absence de numéro ne transforme pas toujours une organisation en particulier, mais elle doit vous conduire à obtenir d’autres éléments et, si nécessaire, un avis. Pour un pays hors UE, recueillez l’identifiant fiscal ou professionnel disponible, le contrat, l’adresse du siège et les éléments montrant que le client agit dans le cadre de son activité.
Précisez qui transporte le bien, son départ, son arrivée et le responsable des formalités. Pour un service, localisez le preneur et les éléments particuliers. Le devis répartit taxes locales, douane, transport, change et frais bancaires.
2. Prestation générale à une entreprise : appliquez la règle B2B
Pour une prestation générale fournie par un assujetti français à une entreprise d’un autre État membre, la TVA française n’est pas facturée. Le client autoliquide. La facture porte les numéros de TVA et « autoliquidation » ; le vendeur déclare l’opération et transmet en principe une DES.
Exemple : une consultante facture 2 000 € à une société allemande au numéro valide. Elle indique « autoliquidation » et les deux numéros, dépose la DES, puis conserve contrat, contrôle daté et preuve du statut professionnel.
Pour la même prestation à une entreprise américaine, la DGFiP prévoit une facture sans TVA française avec « TVA non applicable – art. 259-1 du CGI ». Il n’y a pas de DES, mais le montant reste à reporter dans la déclaration adaptée et le statut du client doit être prouvé.
Des exceptions concernent notamment l’immobilier, certaines manifestations, le transport, la location, la restauration ou les services électroniques. Le lieu d’imposition dépend alors du bien, de l’exécution ou du bénéficiaire. Requalifiez chaque nouvelle prestation.
3. Service à un particulier : ne transposez pas la règle B2B
Pour de nombreuses prestations à un particulier, la règle générale conduit à la TVA du lieu du prestataire. Mais les services électroniques, télécommunications, manifestations, travaux immobiliers et certaines locations suivent des règles spéciales. Le pays du consommateur peut déterminer la taxe et conduire au guichet OSS.
Exemple : une mission de conseil classique à un particulier belge ne porte pas « autoliquidation ». Un abonnement numérique automatisé dans plusieurs pays suit, lui, des règles spécifiques. Documentez donc le service et le statut du client avant de paramétrer la facture.
La franchise en base n’efface pas la territorialité. Certaines opérations exigent un numéro intracommunautaire ou une déclaration, et la mention de franchise ne remplace pas « autoliquidation ». Relisez notre guide sur la TVA du micro-entrepreneur et interrogez votre service des impôts en cas de doute.
4. Pour les biens dans l’UE, suivez le transport et le client
Une vente expédiée de France à une entreprise identifiée dans un autre État membre peut être exonérée si les conditions sont réunies. Le vendeur vérifie le numéro, porte les mentions, déclare l’opération et prouve le transport. Une adresse étrangère ne suffit pas.
Exemple : avant de facturer un équipement hors taxe à une société espagnole, un fabricant valide son numéro, conserve la commande et prouve la livraison. Si le client enlève le bien, le vendeur renforce ses preuves : la sortie supposée ne justifie pas l’exonération.
Les ventes à distance à des particuliers peuvent rendre la TVA due dans l’État de consommation et passer par l’OSS. Stocks étrangers, places de marché et accises ajoutent des règles. Le modèle « client UE = hors taxe » est faux en e-commerce.
5. Pour les biens hors UE, l’exonération dépend de la sortie réelle
Les biens transportés hors UE peuvent être exonérés à l’exportation si l’entreprise démontre leur sortie. La certification électronique douanière est la preuve de référence, avec des alternatives prévues dans certains cas. Contrat et facture ne la remplacent pas.
Désignez l’exportateur, le déclarant, l’incoterm et le responsable de la preuve. Répartissez les droits et taxes à destination. Suivez chaque facture hors taxe jusqu’à la sortie confirmée ; à défaut, relancez le déclarant et réunissez les preuves admises.
6. Construisez une facture lisible dans les deux pays
Conservez toutes les mentions obligatoires de la facture : date, numéro unique, identité des parties, description, quantité, prix, échéance et conditions de paiement. Ajoutez les numéros de TVA lorsqu’ils sont requis et la mention juridique correspondant au traitement : « autoliquidation », référence à l’article 259-1 pour la prestation B2B hors UE, ou référence d’exonération adaptée pour une exportation ou livraison intracommunautaire.
Une facture bilingue et en devise étrangère est possible. Gardez un enregistrement exploitable, indiquez devise, compte, répartition des frais et conversion utilisée pour les déclarations. Reprenez aussi le périmètre accepté au devis.
Une mention correcte ne répare pas une TVA erronée. Paramétrez des modèles distincts — France, service B2B UE, service B2B hors UE, biens intracommunautaires et export — puis imposez une courte qualification avant leur usage.
7. Constituez le dossier de preuve en même temps que la facture
Pour un service, conservez contrat, commande, statut du client, contrôle du numéro et livrables. Pour un bien, ajoutez transport, réception et preuve douanière. Récupérez ces pièces immédiatement, avant qu’un transporteur ou un portail ne les rende difficiles d’accès.
Reliez les pièces au numéro de facture. Chaque mois, contrôlez mention, numéro de TVA, déclaration et preuve. Une pièce manquante déclenche une relance avant la clôture du dossier.
8. Anticipez DES, TVA et e-reporting
Sans TVA ne signifie pas sans déclaration : DES pour certaines prestations, états récapitulatifs pour les biens, douane pour l’export et lignes adaptées de la déclaration de TVA. Rapprochez chaque dépôt des montants comptables.
La réforme française distingue la facturation électronique domestique et la transmission de données. Les opérations avec des clients établis hors de France n’entrent pas, en principe, dans l’émission de facture électronique domestique, mais peuvent relever de l’e-reporting. Au 1er septembre 2026, toutes les entreprises concernées doivent pouvoir recevoir les factures électroniques ; l’émission et l’e-reporting s’appliquent selon le calendrier par taille, avec l’échéance du 1er septembre 2027 pour les PME et microentreprises. Préparez votre passage à la facturation électronique avec votre plateforme et votre comptable.
Sources officielles et primaires : DGFiP — prestations entre assujettis établis en France et à l’étranger ; DGFiP — règles de territorialité de la TVA ; Douane — exonération de TVA et preuve de sortie à l’exportation ; DGFiP — facturation électronique et e-reporting. Consultées le 3 août 2026. Les règles spéciales, les territoires et les conventions peuvent modifier le traitement : validez les opérations atypiques auprès de l’administration ou d’un conseil.
Questions fréquentes
Dois-je facturer en euros ?
Non, une devise étrangère est possible. Indiquez-la sans ambiguïté et conservez la conversion nécessaire à la comptabilité et aux déclarations françaises selon les règles applicables. Prévoyez aussi les frais bancaires et le risque de change dans le devis.
Un numéro de TVA valide suffit-il pour facturer hors taxe ?
Non. Il contribue à établir la qualité du client pour certaines opérations, mais il faut aussi qualifier le bien ou service, le lieu d’imposition et, pour les biens, le transport. Conservez le contrôle daté avec les autres preuves.
Que faire si le client européen n’a pas de numéro de TVA ?
Demandez pourquoi et recueillez des preuves de son statut. Selon la situation, le traitement B2C ou une autre règle peut s’appliquer. Ne choisissez pas la mention la plus avantageuse : faites confirmer le cas par votre service des impôts ou votre conseil.
La franchise en base dispense-t-elle de DES ?
Pas nécessairement. Un micro-entrepreneur peut devoir demander un numéro intracommunautaire et déclarer certaines prestations européennes même s’il ne collecte pas la TVA française. Les obligations dépendent du flux, pas seulement du régime micro.
En résumé
Pour facturer un client étranger, qualifiez d’abord le flux : bien ou service, professionnel ou particulier, UE ou pays tiers, règle générale ou exception. Appliquez ensuite la TVA et la mention adaptées, puis liez la facture aux preuves et déclarations. Une adresse étrangère ne justifie jamais, à elle seule, une facture hors taxe.
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