Contrats et vente

CGV obligatoires : ce qu’un indépendant doit vraiment prévoir

· Par l’équipe Rappli · 13 min de lecture

Les conditions générales de vente ne sont pas un texte décoratif placé en bas d’un site. Elles expliquent comment se forme la commande, ce qui est vendu, quand le client paie et comment sont traités les changements, retards ou litiges. Leur contenu et leur mode de communication dépendent surtout du type de client et de la manière dont vous vendez.

La réponse courte : en B2C, le professionnel doit fournir avant la vente les informations prévues par le droit de la consommation ; des CGV structurées sont le moyen le plus pratique de les réunir. En B2B, les CGV existantes doivent être communiquées à l’acheteur professionnel qui les demande et contenir les mentions prévues. Dans les deux cas, adaptez-les à votre activité et prouvez qu’elles ont été accessibles avant l’accord.

1. Les CGV rendent vos règles visibles avant le problème

Un devis décrit une prestation précise. Les CGV définissent les règles communes : commande, prix, paiement, exécution, annulation, propriété, responsabilité, réclamation ou règlement des différends. Elles ne remplacent ni le devis ni les obligations propres au secteur. Elles évitent surtout que ces règles soient improvisées lorsque le client demande un changement ou conteste une échéance.

Commencez par cartographier le parcours réel : comment une demande devient-elle commande, quels documents sont envoyés, quand le travail commence, quelles informations dépendent du client et comment se termine la prestation ? Les clauses doivent décrire ce fonctionnement, pas un processus idéal qui n’est jamais appliqué.

2. B2B et B2C : deux cadres à ne pas mélanger

Entre professionnels, les CGV constituent le socle de la négociation commerciale. Lorsqu’elles sont établies, elles doivent être communiquées à l’acheteur professionnel qui en fait la demande, sur un support durable. Elles comprennent notamment les conditions de règlement, les éléments de détermination du prix, les éventuelles réductions et, selon la situation, le barème des prix unitaires.

Face à un consommateur, le professionnel doit communiquer avant l’engagement un ensemble d’informations : caractéristiques essentielles, prix, délai d’exécution, identité, garanties, réclamations, médiation et règles liées à la vente à distance ou hors établissement lorsqu’elles s’appliquent. Des CGV B2C bien construites permettent de présenter ces éléments de façon cohérente, mais elles doivent rester lisibles et ne contenir aucune clause abusive.

SujetClient professionnelClient consommateur
Cadre principalCode de commerce et accord négociéCode de la consommation
CommunicationÀ fournir sur demande lorsqu’elles existentInformations avant l’engagement
PaiementDélais, pénalités, indemnité de recouvrementPrix total et modalités claires
ProtectionÉquilibre contractuel et pratiques commercialesRétractation, garanties, clauses abusives

Si vous servez les deux publics, n’utilisez pas aveuglément un seul document. Une structure commune est possible, mais les règles spécifiques doivent être distinguées. Une clause prévue pour le B2B peut être inadaptée, voire illicite, lorsqu’elle est opposée à un consommateur.

3. Les huit blocs à construire à partir de votre activité

  1. Identité et champ : entreprise concernée, clients visés, prestations couvertes.
  2. Formation de la commande : devis, signature, acompte, confirmation et durée de validité.
  3. Prix : calcul, taxes, frais, révision et dépenses supplémentaires.
  4. Paiement : échéance, moyens acceptés, retard et suspension éventuelle.
  5. Exécution : délais, prérequis, accès, coopération du client et réception.
  6. Changements : avenant, imprévu, report, annulation et conséquences.
  7. Garanties et responsabilité : obligations légales, limites adaptées et assurances.
  8. Réclamations : contact, médiation applicable et droit compétent.

Chaque bloc doit être relié au terrain. Si vos prestations nécessitent des mesures, photos, accès ou validations du client, indiquez ce qui se passe lorsqu’ils manquent. Si vous vendez des créneaux, définissez les conditions de report. Si le périmètre évolue souvent, prévoyez une procédure d’avenant plutôt qu’une clause vague autorisant toute facturation supplémentaire.

Le document ne doit pas contredire le devis. Utilisez la checklist des mentions d’un devis pour aligner périmètre, durée, prix et acceptation. Une CGV générique ne répare pas une proposition commerciale imprécise.

4. Prix, acompte et retard : écrivez une seule règle cohérente

Décrivez comment le prix est déterminé, ce qu’il comprend et dans quelles conditions il peut évoluer. Si des frais de déplacement, d’urgence, de matériaux ou de tiers peuvent s’ajouter, expliquez leur mode d’accord. La phrase « tous frais supplémentaires seront facturés » est trop large : le client doit pouvoir comprendre le coût avant de s’engager.

Précisez le calendrier de paiement : acompte à la commande, étapes intermédiaires et solde. Distinguez correctement acompte et arrhes, car les effets d’une annulation ne sont pas les mêmes. Le guide acompte ou arrhes aide à choisir une mention cohérente avec l’engagement voulu.

Entre professionnels, alignez les délais, pénalités de retard et indemnité forfaitaire de recouvrement avec le devis et la facture. Les conditions de paiement ne doivent pas changer d’un document à l’autre. Une échéance différente sur le devis, la CGV et la facture rend la relance plus difficile et fragilise la relation.

5. Délais, obligations du client et imprévus

Indiquez une date ou un délai d’exécution lorsque le cadre l’exige. Expliquez ce qui déclenche le délai : acceptation, acompte, réception des informations, disponibilité du site ou validation technique. Ne promettez pas « intervention rapide » si aucun repère objectif n’est associé à cette formule.

Listez les obligations raisonnables du client : accès, autorisations, informations exactes, sécurité du lieu ou présence à un rendez-vous. Prévoyez la manière de notifier un blocage et de convenir d’une nouvelle date. Une clause ne doit pas transférer au client tous les risques ni vous permettre de modifier seul les caractéristiques essentielles de la prestation.

Pour un événement extérieur réellement imprévisible ou un changement demandé, définissez une procédure : information, évaluation de l’impact, proposition écrite et acceptation. Le réflexe utile n’est pas de chercher une clause qui couvre tout, mais de créer un point de décision compréhensible.

6. Où présenter les CGV et comment prouver leur acceptation

Les CGV doivent être accessibles avant la conclusion du contrat, sur un support que le client peut conserver. Vous pouvez les joindre au devis, les intégrer à un document, fournir un PDF ou utiliser une interface qui permet de les consulter et de les télécharger. Un lien caché après le paiement ou un document envoyé seulement avec la facture arrive trop tard.

Conservez la version applicable et la preuve du parcours : date, document communiqué, devis accepté et éventuelle case dédiée. Évitez une case précochée ou une mention illisible. Sur papier, la référence aux CGV doit permettre d’identifier le document. En ligne, la formulation doit être claire et l’accès au texte immédiat.

Formulation simple : « Je reconnais avoir reçu et accepté les conditions générales de vente version du 1er août 2026, accessibles ici. » Adaptez cette preuve à votre processus et ne faites pas accepter un document que le client ne peut pas ouvrir.

7. Pourquoi copier des CGV trouvées en ligne est risqué

  • elles peuvent viser un autre secteur ou un autre type de client ;
  • elles peuvent citer des textes ou délais périmés ;
  • elles peuvent contenir des clauses abusives ou inapplicables ;
  • elles peuvent promettre un fonctionnement que vous ne respectez pas ;
  • elles peuvent oublier vos risques réels et vos obligations métier ;
  • elles créent parfois des contradictions avec vos devis et factures.

Un modèle peut servir de liste de questions, jamais de validation juridique automatique. Réécrivez chaque clause dans un langage que votre équipe et vos clients comprennent. Si vous ne pouvez pas expliquer une phrase simplement, elle sera difficile à appliquer au moment d’un désaccord.

Faites relire le document lorsque les enjeux sont importants, que vous vendez à distance, que vos contrats durent longtemps ou que votre activité comporte des responsabilités spécifiques. Le coût d’une vérification ciblée peut être inférieur à celui d’une clause inopposable.

8. Une revue annuelle et quatre déclencheurs de mise à jour

Relisez les CGV au moins une fois par an et dès qu’un événement change le parcours : nouvelle offre, nouveau type de client, nouveau canal de vente ou évolution réglementaire. Vérifiez aussi les retours du terrain. Si la même question ou le même litige revient, le problème vient peut-être de l’offre ou de son explication, pas seulement du contrat.

  • comparez les CGV au devis, à la facture et au site ;
  • supprimez les clauses qui ne correspondent plus à aucune prestation ;
  • vérifiez les délais, montants et coordonnées ;
  • archivez chaque version et sa date d’entrée en vigueur ;
  • testez l’accès au document sur mobile ;
  • faites confirmer les points juridiques sensibles.

Sources officielles : Ministère de l’Économie — CGV entre professionnels ; DGCCRF — information et communication des CGV ; DGCCRF — règles B2C à distance ; DGCCRF — clauses abusives. Consultées le 1er août 2026. Une rédaction adaptée doit tenir compte du secteur, du canal de vente et du type de client.

Questions fréquentes

Les CGV sont-elles obligatoires pour un auto-entrepreneur ?

Le statut ne suffit pas à répondre. Les obligations dépendent surtout du type de client, de l’activité et du canal de vente. Un micro-entrepreneur doit respecter les mêmes règles de protection du consommateur lorsqu’il vend à un particulier.

Peut-on mettre ses CGV uniquement sur son site ?

Le client doit pouvoir y accéder avant l’accord et les conserver. Un lien peut participer au dispositif, mais vérifiez la preuve, la disponibilité du document et le parcours hors ligne.

Faut-il faire signer les CGV séparément ?

Pas nécessairement. L’objectif est de pouvoir démontrer qu’elles ont été communiquées et acceptées avec le contrat. Le dispositif dépend du support et de votre processus.

Peut-on avoir plusieurs versions ?

Oui lorsque les catégories de clients ou les offres diffèrent réellement. Nommez, datez et archivez chaque version afin d’identifier celle qui s’applique.

Les CGV peuvent-elles limiter toute responsabilité ?

Non. Une clause doit respecter les obligations légales et ne pas créer un déséquilibre interdit. Faites vérifier toute limitation importante.

En résumé

Des CGV utiles décrivent votre parcours réel, distinguent B2B et B2C, alignent prix et paiement, encadrent l’exécution et prévoient une voie de dialogue. Présentez-les avant l’accord, conservez la preuve de la version acceptée et révisez-les dès que votre activité change.

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