Registre unique du personnel : comment le tenir dans une TPE ?
Dès le premier salarié, chaque établissement employeur doit pouvoir présenter un registre unique du personnel à jour. L’obligation ne se résume pas à recopier le contrat de travail : les personnes sont inscrites dans l’ordre d’embauche, certaines mentions dépendent du contrat ou du statut, et les modifications doivent rester traçables. Ce guide explique comment tenir le registre au quotidien. Il complète, sans la répéter, la démarche administrative globale d’une première embauche.
1. Un registre distinct pour chaque établissement employeur
Le registre est obligatoire dans tout établissement où sont employés des salariés, quels que soient l’effectif et l’activité. Une entreprise avec plusieurs établissements ne tient donc pas forcément un seul fichier au siège. Chaque site employeur doit disposer du registre correspondant aux personnes qui y travaillent et pouvoir le rendre accessible aux agents de contrôle. Identifiez le périmètre à partir de l’affectation réelle et de l’organisation déclarée, pas seulement de l’adresse de paie.
L’obligation commence avec le premier salarié. Elle subsiste même si l’effectif retombe ensuite à zéro, puisque les inscriptions doivent être conservées. L’employeur est responsable de la tenue, même lorsque le cabinet de paie prépare les informations. Désignez une personne interne capable d’ajouter une entrée sans attendre la prochaine clôture mensuelle et un remplaçant en cas d’absence.
Le registre ne remplace ni la déclaration préalable à l’embauche, ni le contrat, ni le dossier individuel. Pour organiser toutes les démarches entourant l’arrivée, consultez la checklist du premier salarié. Ici, l’objectif est plus étroit : obtenir un historique chronologique, lisible et contrôlable par établissement.
2. Identifiez les personnes à inscrire et celles à distinguer
Les salariés sont inscrits, y compris ceux en contrat à durée déterminée, à temps partiel, apprentis, travailleurs étrangers soumis à autorisation et salariés mis à disposition dans les cas prévus. Les travailleurs temporaires doivent apparaître avec les informations propres à l’entreprise de travail temporaire. Une personne mise à disposition par un groupement d’employeurs appelle également une mention spécifique.
Les stagiaires et les personnes volontaires en service civique ne sont pas confondus avec l’effectif salarié. Ils figurent dans une partie spécifique du registre, dans leur ordre d’arrivée, avec les indications réglementaires correspondantes. Cette séparation permet au contrôle de comprendre immédiatement leur statut. Conservez la convention ou le document d’accueil dans le dossier associé plutôt que de surcharger la ligne du registre.
Le dirigeant non salarié n’est pas inscrit comme salarié du seul fait de son mandat. En revanche, un dirigeant cumulant valablement mandat et contrat de travail peut nécessiter une inscription au titre de ce contrat. Les prestataires indépendants ne figurent pas au registre, sauf si la relation est en réalité salariée : le registre ne permet pas de sécuriser une qualification artificielle. Faites examiner les situations hybrides.
| Personne | Emplacement | Mention utile |
|---|---|---|
| Salarié en CDI ou CDD | Liste principale, ordre d’embauche | Emploi, qualification, dates, type de contrat |
| Apprenti | Liste principale | « Apprenti » |
| Travailleur temporaire | Liste principale | « Travailleur temporaire », nom et adresse de l’entreprise de travail temporaire |
| Personne mise à disposition par un groupement | Liste principale | Mention dédiée, dénomination et adresse du groupement |
| Salarié étranger soumis à autorisation | Liste principale | Type et numéro du titre autorisant le travail |
| Stagiaire | Partie spécifique | Dates, tuteur, lieu de présence |
| Prestataire indépendant | Non inscrit comme salarié | Conserver le contrat dans le dossier fournisseur |
3. Renseignez le socle commun puis les mentions particulières
Pour chaque salarié, le registre mentionne notamment le nom et les prénoms, la nationalité, la date de naissance, le sexe, l’emploi et la qualification, ainsi que les dates d’entrée et de sortie de l’établissement. Utilisez les informations des pièces vérifiées et du contrat. L’emploi doit être assez précis pour être compris ; la qualification doit rester cohérente avec la classification applicable.
Ajoutez, selon le cas, les mentions « contrat à durée déterminée », « salarié à temps partiel », « apprenti » ou « contrat de professionnalisation ». Pour un travailleur temporaire, inscrivez « salarié temporaire », ainsi que le nom et l’adresse de l’entreprise de travail temporaire. Pour une personne mise à disposition par un groupement d’employeurs, inscrivez la mention correspondante, la dénomination et l’adresse du groupement. N’utilisez pas d’abréviation ambiguë.
Lorsqu’une autorisation d’embauche ou de licenciement est requise, inscrivez la date de l’autorisation ou, si elle n’a pas encore été délivrée, la date de la demande. Cette mention vise seulement les situations soumises à autorisation : ne l’ajoutez pas comme une formalité générique à toutes les entrées.
Pour le salarié étranger soumis à une autorisation de travail, le type et le numéro d’ordre du titre valant autorisation sont mentionnés. Une copie des titres concernés doit être annexée au registre ou rendue accessible avec lui dans les conditions prévues. Les dates d’autorisation doivent être suivies. Limitez toutefois les copies aux pièces nécessaires et protégez-les, car elles contiennent des données personnelles.
La convention collective et l’IDCC ne constituent pas une ligne standard du registre, mais ils influencent la qualification reportée. Si cette référence n’est pas sécurisée, utilisez le guide pour trouver la convention collective de l’entreprise avant de valider les classifications.
4. Inscrivez à l’embauche et conservez une chronologie indélébile
L’inscription se fait au moment de l’embauche, dans l’ordre d’arrivée. N’attendez pas la fin de la période d’essai, la première fiche de paie ou le retour du cabinet comptable. Préparez la ligne avant l’arrivée, puis validez-la à la date effective. Si deux personnes commencent le même jour, fixez un ordre cohérent et conservez-le ; l’essentiel est de ne pas réorganiser ensuite la liste par ordre alphabétique.
Les mentions doivent être portées de façon indélébile. Sur papier, n’effacez pas une erreur au correcteur et n’arrachez pas de page. Barrez de manière lisible, datez la correction et ajoutez la valeur exacte. Sur support numérique, conservez un journal d’audit qui permet de retrouver la valeur antérieure, l’auteur et la date. Un tableur librement réinscriptible sans historique est fragile.
Les événements postérieurs sont ajoutés lorsqu’ils surviennent : changement de qualification, passage à temps partiel, nouveau titre autorisant le travail, transfert d’établissement ou départ. Ne remplacez pas silencieusement la donnée initiale. La réglementation exige que les événements successifs soient enregistrés ; créez une ligne d’historique ou un champ daté plutôt qu’un écrasement.
5. Choisissez un support papier ou numérique réellement contrôlable
Un registre papier relié et paginé reste simple pour une très petite structure, à condition d’être conservé au bon endroit, protégé et mis à jour. Prévoyez suffisamment de colonnes pour les mentions particulières et les événements. N’utilisez pas des feuilles volantes faciles à remplacer. Un registre acheté dans le commerce n’est pas une garantie : vérifiez que son modèle couvre les mentions actuelles.
Le support numérique est admis s’il offre des garanties de contrôle équivalentes au papier. Il doit préserver l’intégrité des données, tracer les modifications, permettre un accès sans délai et produire une présentation intelligible. Contrôlez les droits utilisateurs, les sauvegardes, les exports et la restitution si vous changez de logiciel. Documentez la procédure dans un mode opératoire de TPE de deux pages maximum.
Avant de remplacer le registre papier par un support de substitution, appliquez les garanties de contrôle et de présentation des articles D. 8113-2 et D. 8113-3, consultez le CSE lorsqu’il existe, puis adressez son avis à l’inspection du travail. Le support doit restituer toutes les mentions sans difficulté ni risque d’altération. Conservez aussi la date de bascule, la dernière entrée et l’emplacement de l’archive ; testez chaque année l’export complet.
6. Traitez séparément transferts, intérim, stages et autorisations
Lorsqu’un salarié change durablement d’établissement, faites apparaître la sortie dans le registre d’origine et l’entrée dans celui d’accueil, avec des dates cohérentes. Conservez la trace du transfert dans le dossier RH. Pour un déplacement ponctuel ou du télétravail, la solution peut différer : qualifiez l’établissement d’affectation avec votre conseil plutôt que de créer des doubles inscriptions par prudence.
Pour l’intérim, le contrat de mise à disposition fournit les informations à reporter. Organisez une transmission rapide entre l’agence, le responsable opérationnel et la personne qui tient le registre, car la mission peut commencer avant l’arrivée des documents de paie. Pour les stagiaires, indiquez notamment les dates de début et de fin, le nom du tuteur et le lieu de présence selon les règles applicables, dans la section dédiée.
Pour les autorisations de travail, mettez une alerte avant expiration. La mise à jour du registre ne remplace ni la vérification de l’autorisation, ni les démarches employeur. Séparez l’alerte administrative de la copie accessible avec le registre. N’exposez pas l’ensemble du dossier personnel lors d’un contrôle portant sur le registre.
7. Organisez l’accès, la confidentialité et la conservation
Le registre est tenu à la disposition des agents de contrôle compétents et des membres du comité social et économique lorsqu’il existe. Il doit être présenté sans délai raisonnable et dans un format exploitable. Préparez une procédure d’accès lorsque la personne habituelle est absente. Un mot de passe inconnu du remplaçant ou un fichier seulement disponible chez le prestataire de paie peut empêcher la présentation.
Cette disponibilité ne signifie pas libre accès à toute l’entreprise. Le registre contient des données d’identité et parfois des informations sur les titres de travail. Limitez les habilitations aux personnes qui en ont besoin, journalisez les consultations numériques et rangez le papier dans un meuble sécurisé. Définissez aussi comment répondre aux droits des personnes sans altérer une obligation légale de conservation.
Les mentions concernant chaque salarié ou stagiaire sont conservées cinq ans à compter de son départ de l’établissement. La durée se calcule donc personne par personne, pas cinq ans après la création du registre. Pour un support collectif, archivez l’ensemble tant que la dernière entrée reste dans son délai, ou extrayez les éléments avec une méthode garantissant leur intégrité. Notre guide sur la conservation des documents d’entreprise aide à coordonner le calendrier global.
8. Installez une routine d’arrivée, de changement et de départ
- Avant l’arrivée, réunissez les données vérifiées et identifiez l’établissement.
- Le jour de l’embauche, créez l’entrée dans l’ordre chronologique.
- Ajoutez immédiatement le contrat et les mentions particulières applicables.
- Classez les annexes nécessaires sans joindre tout le dossier RH.
- À chaque avenant ou événement, ajoutez une mention datée sans écraser l’historique.
- Au départ, inscrivez la date exacte de sortie de l’établissement.
- Chaque mois, rapprochez le registre des entrées, sorties et changements de paie.
- Chaque année, testez l’accès, l’export, les sauvegardes et les délais d’archivage.
Utilisez une liste d’écarts plutôt qu’une réécriture globale. Pour chaque anomalie, notez l’entrée, la preuve attendue, le responsable et la date de correction. Reliez ce contrôle à votre checklist d’onboarding, mais gardez les deux documents distincts : l’onboarding organise l’intégration, le registre prouve la chronologie légale des personnes présentes.
Sources officielles et primaires : Service Public Entreprendre — registres obligatoires et registre unique du personnel ; Service Public Entreprendre — délais de conservation des documents d’entreprise ; Code du travail, articles L1221-13 à L1221-15-1 ; Code du travail, articles D1221-23 à D1221-27 ; Code du travail, article D1221-27 — support de substitution. Consultées le 3 août 2026. Les situations de mise à disposition, de mobilité ou de cumul de statuts peuvent nécessiter une qualification adaptée.
Questions fréquentes
Une entreprise sans salarié doit-elle ouvrir un registre ?
Non, l’obligation commence avec le premier salarié. Si le dernier salarié part, les anciennes inscriptions restent toutefois conservées pendant leur délai légal.
Le registre peut-il être un fichier Excel ?
Un simple fichier modifiable sans historique présente un risque. Le support numérique doit garantir une traçabilité et un contrôle équivalents au papier, ainsi qu’un accès et une restitution fiables.
Faut-il inscrire un stagiaire comme salarié ?
Non. Le stagiaire figure dans une partie spécifique du registre, dans son ordre d’arrivée, avec les mentions prévues. Cette inscription ne lui attribue pas la qualité de salarié.
Combien de temps conserver une ligne ?
Cinq ans à compter du départ de la personne de l’établissement. La date de sortie doit donc être exacte et le support doit rester accessible pendant tout ce délai.
En résumé
Le registre unique du personnel est un historique chronologique par établissement. Chaque personne concernée est inscrite dès l’embauche avec le socle et les mentions propres à son statut ; les changements restent visibles et chaque entrée est conservée cinq ans après le départ. Papier ou numérique, le support doit être intègre, accessible et protégé.
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