Bon d’intervention artisan : modèle à copier, exemple rempli et checklist
Un bon d’intervention est le document qui décrit ce qui s’est réellement passé chez le client : pourquoi vous êtes venu, ce que vous avez constaté et fait, et ce qui reste à faire. Il fait le lien entre la demande reçue, le devis et la facture. Ce guide vous donne un modèle vierge en trois blocs, un exemple entièrement rempli et les règles à vérifier selon votre activité.
1. Qu’est-ce qu’un bon d’intervention ?
Le bon d’intervention documente l’exécution d’une prestation sur le terrain. Il répond à trois questions : pourquoi le professionnel s’est-il déplacé, qu’a-t-il réellement fait et dans quel état laisse-t-il le dossier ? Il sert à transmettre le dossier à un collègue, à préparer la facture, à suivre une réserve et à répondre au client qui pose une question plusieurs semaines plus tard.
Il ne remplace ni le devis, ni le contrat, ni les informations précontractuelles, ni la facture : chacun de ces documents a sa fonction. Dans certains secteurs, un ordre de réparation, une note, une attestation ou un rapport réglementaire obéit à des exigences propres. La DGCCRF décrit par exemple le rôle de l’ordre de réparation automobile et rappelle que les travaux complémentaires doivent être portés à la connaissance du client.
Le vocabulaire varie d’une entreprise à l’autre. Le « rapport d’intervention » reprend souvent le même contenu, rédigé plus en détail et envoyé après la visite. Le compte rendu de chantier, lui, suit un chantier sur plusieurs visites et plusieurs intervenants : avancement, décisions, réserves par lot. Pour ce second besoin, voyez le comparatif des logiciels de compte rendu de chantier, pensés pour les réunions et les réserves sur plan plutôt que pour une intervention isolée.
2. Est-il obligatoire ? Ce qui dépend de votre activité
Aucun texte général n’impose un « bon d’intervention » identique à toutes les activités. En revanche, certaines prestations sont encadrées par des documents obligatoires qu’il ne faut pas confondre avec lui. C’est le cas du dépannage, de la réparation et de l’entretien dans le bâtiment et l’équipement de la maison : plomberie, serrurerie, électricité, chauffage, vitrerie ou appareils électroménagers, par exemple.
Quand le client est un particulier, l’arrêté du 24 janvier 2017, pris en application du Code de la consommation, impose pour ces prestations d’annoncer ses tarifs, puis de lui remettre un devis détaillé avant l’exécution. Son article 5 exige aussi la délivrance d’une note dès que la prestation est exécutée, et en tout cas avant le paiement. Le bon d’intervention peut préparer cette note, mais il ne dispense ni du devis préalable ni de la note. Le guide sur le devis obligatoire en dépannage à domicile et ses majorations détaille ces règles, le cas de l’urgence et les sanctions.
Le même arrêté, à son article 4, impose d’informer le particulier, dans le devis ou dans le contrat conclu hors établissement, qu’il peut conserver les pièces, éléments ou appareils remplacés, selon le modèle-type annexé au texte (case oui ou non, signée). Lorsque le client ne souhaite pas les garder, Service Public précise que le professionnel lui fait signer une décharge. Le bon d’intervention ne remplace pas cette mention du devis : il trace ensuite ce que sont devenues les pièces déposées.
D’autres métiers ont leur propre document : ordre de réparation au garage, attestation d’entretien d’une chaudière, rapport de contrôle d’un équipement de sécurité. Vérifiez les règles de votre activité avant de concevoir votre modèle, puis alignez le bon sur ces exigences plutôt que de créer un document de plus.
3. Avant le départ : reprendre une demande exploitable
Préremplissez ce que vous connaissez déjà : numéro de dossier, nom et coordonnées du client, adresse exacte, contact sur place, créneau, motif exprimé, accès, équipement concerné et éventuelles contraintes. Le technicien ne devrait pas avoir à rappeler le bureau pour retrouver une adresse ou découvrir sur place qu’un badge est nécessaire.
La demande initiale doit rester distincte du diagnostic. Écrivez « Le client signale une fuite sous l’évier » plutôt que « joint défectueux » si personne n’a encore vérifié la cause. Cette séparation évite de transformer une hypothèse téléphonique en conclusion technique. Pour structurer l’entrée du dossier, utilisez la méthode des cinq questions de qualification. Avant le départ, le bloc Mission doit au moins répondre aux cinq points suivants.
- qui demande et qui sera présent ;
- où se trouve l’intervention ;
- quel symptôme ou résultat est attendu ;
- quelles contraintes sont déjà connues ;
- quel devis, contrat ou équipement est concerné.
Si la demande vous est parvenue par le formulaire de Rappli après un appel manqué, en mode « SMS avec formulaire », reprenez dans le bloc Mission ce que l’appelant a transmis : besoin décrit, coordonnées, lieu indiqué et éventuelles photos. Rien n’est reporté automatiquement dans votre bon : confirmez ces éléments avec le client au moment de fixer le rendez-vous.
4. Pendant l’intervention : noter des faits, pas un roman
Indiquez les heures d’arrivée et de départ, les constats utiles, les mesures significatives, les opérations effectuées, les pièces ou produits utilisés et les essais réalisés. Utilisez des verbes précis : contrôlé, remplacé, nettoyé, réglé, testé. « Intervention effectuée » ne permet ni de facturer proprement ni de comprendre ce qui a été vérifié.
Ajoutez des photos uniquement lorsqu’elles servent le dossier : état initial, référence d’un équipement, dommage constaté, résultat visible ou réserve. N’accumulez pas des images sans légende. Respectez les personnes, les lieux privés et les données visibles. Le guide sur la protection des données clients aide à définir accès, durée de conservation et partage.
Si une prestation supplémentaire paraît nécessaire, ne la glissez pas discrètement dans le bon. Expliquez-la, chiffrez-la ou indiquez son mode de calcul, obtenez l’accord requis et conservez la trace. Le bon peut mentionner cet accord, mais il ne doit pas masquer une modification de périmètre qui aurait dû être formalisée par un devis.
5. À la fin : dire ce qui fonctionne et ce qui reste à faire
Terminez par un résultat observable : équipement remis en service et testé, dépannage provisoire, intervention incomplète faute de pièce, diagnostic à confirmer ou nouvelle visite nécessaire. Si une consigne est donnée au client, écrivez-la de manière concrète. Si un risque persiste, décrivez la limite sans promettre une sécurité ou une conformité que vous n’avez pas vérifiée.
Les réserves doivent être visibles, pas enfouies dans une phrase. Indiquez qui doit agir, quelle action est attendue et quel est le prochain jalon. Cette logique rejoint la méthode de rappel client avec contexte : une prochaine action claire vaut mieux qu’un dossier marqué simplement « à suivre ».
| Situation | Conclusion utile | À éviter |
|---|---|---|
| Résolu | Remplacement effectué, test de fonctionnement conforme | OK |
| Provisoire | Remise en service temporaire ; pièce X à remplacer | Réparé |
| Bloqué | Accès impossible ; nouveau créneau à convenir avec badge | Absent |
| Suite | Devis complémentaire envoyé avant toute nouvelle action | À voir |
6. Le modèle en trois blocs à copier dans votre outil
Ce modèle vierge convient à la plupart des dépannages, entretiens et petits travaux. Recopiez-le dans votre traitement de texte, votre tableur ou votre logiciel, puis retirez les champs qui ne servent jamais dans votre métier.
| Bloc | Champs à prévoir | Quand le remplir |
|---|---|---|
| A — Mission | N° de dossier, client, contact sur place, adresse, date et créneau, intervenant, demande exprimée, référence du devis ou de la commande, accès, équipement identifié | Au bureau, avant le départ |
| B — Exécution | Heure d’arrivée, heure de départ, temps passé, constats, opérations réalisées, pièces et quantités, mesures, photos légendées, incident, accord pour un travail complémentaire | Sur place, au fil de l’intervention |
| C — Clôture | Résultat et essais, réserves, consignes au client, sort des pièces remplacées (conservées par le client ou reprises), prochaine action et responsable, documents remis, nom de la personne présente, validation, date d’envoi de la copie | Sur place, avant de partir |
Limitez les champs obligatoires à ce qui sert dans presque tous les dossiers. Affichez les champs spécialisés seulement lorsque la situation l’exige : relevé de mesure, numéro de série, attestation. Cette progressivité évite que le technicien contourne l’outil ou saisisse « RAS » partout.
7. Exemple de bon d’intervention rempli
Exemple fictif : un plombier intervient pour une fuite sous un évier de cuisine. Voici ce que contient son bon une fois l’intervention terminée. Les noms et les données sont inventés.
| Rubrique | Contenu saisi |
|---|---|
| Mission | Dossier 2026-0412. Mme Martin, 12 rue des Lilas. Créneau 9 h – 10 h. Demande exprimée : « fuite sous l’évier, un seau se remplit en une heure ». Accès : digicode 2471. |
| Horaires | Arrivée 9 h 10, départ 10 h 05, soit 55 minutes sur place. |
| Constat | Flexible d’alimentation d’eau froide fissuré au niveau du raccord. Vanne d’arrêt sous l’évier grippée, fermeture difficile. |
| Opérations | Coupure de l’eau au compteur, remplacement du flexible, contrôle des raccords, essai en eau pendant 10 minutes : pas de fuite. |
| Pièces | 1 flexible inox 40 cm, 2 joints fibre. Ancien flexible repris par l’entreprise, conformément au choix « non » signé par la cliente sur le devis. |
| Résultat | Fuite supprimée, évier remis en service. |
| Réserve | Vanne d’arrêt à remplacer : devis complémentaire envoyé par e-mail avant toute nouvelle intervention. |
| Validation | « La cliente reconnaît avoir reçu le présent compte rendu et les consignes indiquées. » Signé par Mme Martin, copie envoyée par e-mail le jour même. |
Chaque ligne est vérifiable : les heures justifient le temps facturé, le constat sépare ce qui a été vu de ce qui a été fait, et la réserve dit qui agit ensuite. Le prix, lui, figure sur la note et sur la facture, pas nécessairement sur le bon.
8. Ce que prouve — et ne prouve pas — la signature
Une signature peut attester la remise du document, la présence, l’accord sur certaines informations ou la réception d’une intervention. Son effet dépend du contenu affiché au moment de signer et du cadre juridique. N’ajoutez pas une phrase générale selon laquelle le client renonce à toute contestation : elle serait trompeuse et ne remplace pas les garanties applicables.
Placez juste au-dessus de la signature une formulation précise, par exemple : « Le client reconnaît avoir reçu le présent compte rendu et les consignes indiquées. » Si vous sollicitez aussi l’acceptation de travaux supplémentaires, distinguez cette action et son prix. Remettez une copie durable au client.
Tracée au doigt sur une tablette ou un téléphone, la signature du client est une signature électronique. L’article 1367 du Code civil exige alors un procédé fiable, qui identifie le signataire et garantit son lien avec le document signé. Figez donc le bon au moment de la signature, horodatez-le et corrigez ensuite par un document distinct. Le guide sur la validité et la preuve d’une signature électronique compare les niveaux de signature.
9. Papier ou numérique : choisissez selon le terrain
Le papier fonctionne sans batterie ni réseau, mais se perd facilement et oblige souvent à ressaisir. Le numérique facilite le préremplissage, les photos, la recherche et le lien vers la facture. Il doit néanmoins fonctionner sur mobile, conserver un brouillon hors connexion ou en réseau faible et exporter les dossiers dans un format récupérable.
Testez l’outil avec des gants, sous une forte luminosité et sur un petit écran. Un formulaire conçu au bureau peut devenir inutilisable sur le terrain. Vérifiez aussi les droits d’accès, les sauvegardes et la possibilité de corriger une erreur sans effacer l’historique. Un bon numérique utile couvre, dans l’ordre du parcours, les six fonctions suivantes.
- préremplissage depuis la demande client ;
- saisie rapide avec listes adaptées ;
- photos compressées et légendées ;
- validation compréhensible ;
- copie client et archivage automatique ;
- transfert des lignes utiles vers la facture.
Pour passer au numérique, quatre comparatifs répondent à des besoins distincts. Si vous cherchez seulement à créer et faire signer vos bons, commencez par les outils de bon d’intervention numérique. Si le bon doit s’inscrire dans toute la chaîne, de la demande au planning et à la facture, voyez la gestion d’interventions : logiciels pour artisans. Pour les autres saisies du terrain, les applications mobiles de chantier pour artisans comparent la saisie hors connexion et le retour au bureau, et le comparatif des outils de dématérialisation documentaire traite le classement et l’archivage des pièces.
Sources officielles : DGCCRF — ordre de réparation automobile et contenu utile ; DGCCRF — rôle et contenu du devis ; DGCCRF — information écrite dans le service après-vente ; CNIL — sécuriser les échanges de données, consultées le 1er août 2026. Légifrance — arrêté du 24 janvier 2017 sur les prestations de dépannage, de réparation et d’entretien (articles 4 et 5, annexes) (version en vigueur depuis le 1er avril 2017 ; consulté le 7 octobre 2026) ; Service Public Entreprendre — devis obligatoire, activités concernées (vérifiée le 9 septembre 2022 ; consultée le 7 octobre 2026) ; Service Public — dépannage à domicile, droits du particulier et décharge pour les pièces remplacées (vérifiée le 25 mars 2025 ; consultée le 7 octobre 2026) ; Légifrance — article 1367 du Code civil, signature électronique (version en vigueur depuis le 1er octobre 2016 ; consulté le 7 octobre 2026) ; Légifrance — article L123-22 du Code de commerce, conservation des pièces justificatives (version en vigueur depuis le 4 janvier 2003 ; consulté le 7 octobre 2026). Les obligations varient selon le métier ; vérifiez les documents réglementaires propres à votre activité.
Questions fréquentes
Le bon d’intervention est-il obligatoire ?
Pas en tant que tel : aucun texte général ne l’impose à toutes les activités. Pour un client particulier, en dépannage, réparation ou entretien dans le bâtiment et l’équipement de la maison, un devis détaillé préalable et une note remise avant le paiement sont en revanche obligatoires. Même facultatif, le bon reste très utile pour tracer l’exécution.
Quelle différence entre bon d’intervention et rapport d’intervention ?
Le bon est rempli et validé sur place, souvent signé par le client. Le rapport d’intervention reprend les mêmes faits de façon plus détaillée et technique, et il est souvent envoyé après la visite. Rien n’interdit de réunir les deux dans un seul document.
Le client doit-il toujours le signer ?
Pas nécessairement : aucun texte général n’impose la signature d’un bon d’intervention. Elle devient utile pour attester la réception de l’intervention, des consignes ou d’un accord sur un travail complémentaire, à condition que la phrase signée le dise. Lorsque le client a signé, remettez-lui une copie du document.
Peut-il remplacer une facture ?
Non. Le bon décrit l’intervention ; la facture répond aux règles de facturation et demande le règlement. Un outil peut transférer les données de l’un vers l’autre sans confondre les documents.
Combien de temps conserver les bons ?
Aucune durée n’est fixée pour le bon lui-même. Rangé avec la facture qu’il justifie, il suit en pratique celle des pièces justificatives, dix ans selon l’article L123-22 du Code de commerce, et plus longtemps si une garantie de travaux ou un litige est en cours. Le guide sur la durée de conservation des documents d’entreprise précise les points de départ. Ne gardez pas indéfiniment des photos ou données personnelles sans besoin identifié.
En résumé
Le bon d’intervention relie la demande initiale, le travail réel et la suite du dossier. Un modèle court en trois blocs suffit : mission, exécution, clôture. Écrivez des faits, rendez les réserves visibles, faites valider sur place et archivez le document avec le devis et la facture. En dépannage chez un particulier, respectez en plus le devis préalable, l’information sur les pièces remplacées et la note avant paiement.
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